Patrick
Patrick
Patrick

Tu es parti...début Janvier... on ne t'oublie pas

Le poète grommelant

 

 

On ne peut pas dire qui sont les gens, on ne peut que raconter qui ils étaient lors des différentes rencontres que l'on fait avec eux... Ne m'en veuillez donc pas si je vous parle de moi, car c'est le point de départ nécessaire pour parler des personnes que l'on connaît.

Il était une fois moi, mais moi pas n'importe quand. C'est moi autour des quarante ans, moi après que j'ai déménagé à Quimper, moi après que j'ai découvert une association d'entraide, et moi une fois que j'y suis adhérent. Il se trouve que pour rencontrer une personne, il faut, je ne vous le cache pas, se trouver au même endroit au même moment. C'est ce qui arriva ce jour.

J'entends entrer quelqu'un dans l'association. Je me détourne de ce que je faisais, lui adresse un grand sourire poli, et le salue d'un "bonjour" court mais courtois. Il faut vous dire que je me trouve alors devant une personne un peu plus petite que moi, un peu plus âgée, et un peu moins souriante. Ses yeux se plissent comme de douleur, et sa bouche est légèrement pincée, mais je ne m'en inquiètes pas. Je ne suis pas sûr qu'il m'ait répondu, mais bon, je me présente en lui révélant mon prénom. Je l'entends alors grogner, mais assez longtemps.

Là, c'est moi qui plisse les yeux, je penche la tête de l'autre côté, et je lui demande pardon, en espérant qu'il saisisse que je ne l'ai pas compris. Il grogne à nouveau, mais je crois y percevoir des mots. Je perçois dans ces sons grognés et marmonnés le nom de l’animateur de l'association. Je lui explique que l'animateur n'est pas là pour l'instant, mais qu'il va revenir. Mais le bougre grogne à nouveau, comme pour me piéger. Je lui demande de répéter. Je suppose qu'il me demande qui je suis, et ce que je fais là. Je lui réponds en souhaitant avoir fait mouche. Visiblement, oui.
L'homme part s’asseoir sur le canapé. Il n'a pas l'air bien méchant, et ma présence n'a pas l'air de l'insupporter. Comme j'aime bien les personnes qui ne sont pas agressives, je tente de m’asseoir en face de lui. Il grogne à nouveau. Et là, miracle, j'arrive à comprendre les mots qui sortent de sa bouche. Au cours de la discussion que nous avons, je m'aperçois de ce qui se passe. Il parle ma langue, sans accent, mais il parle tellement vite que ses phrases font la durée d'un mot... Non sans difficultés, nous continuons à bavarder. Parfois, il souffle, mais là non plus je ne le prends pas contre moi. Il souffle, c'est un tic, probablement.

Au cours de nos rencontres suivantes, j'apprends deux trois choses sur lui. Il aime peindre par exemple. Il aime la poésie mais n'en écrit plus. Il est fasciné par la science. Il me demande parfois pourquoi je ne peins pas. Je ne sais pas trop quoi lui répondre. Mais je lui réponds quand même. À chaque fois qu'il me le demande. Ce n'est pas qu'il a un problème de mémoire, c'est qu'il ne comprend pas, mais alors vraiment pas, que je ne peigne pas. Et à chaque fois que je lui explique que je ne peins pas, il tombe des nues. "Ah bon ?", dit-il alors. Je suppose qu'il a une passion tellement forte pour la peinture qu'il ne conçoit pas qu'on puisse s'en passer.

Quand je lui dit que j’écris de la poésie, il s'intéresse. "Tu écris quoi, comme poésie ?", me demande-t-il. Je lui explique que je fais de la poésie plutôt comique, comme du Prévert. "Tu as lu Verlaine ?", me demande-t-il à chaque fois que nous abordons le sujet. Je lui dis que non, et ça a l'air de le décevoir, à chaque fois. "Ah bon ?", dit-il là aussi. Il me demande aussi que je lui montre mes poèmes. Je lui explique que j'ai détruit la plupart des choses que j'ai écrites, dans un accès de folie paranoïaque. Mais il veut vraiment que je lui montre. Alors un jour je lui écris le seul poème dont je me souvienne. Ça l'intéresse, mais moins que du Verlaine.

Un jour, j'apprends que des poésies qu'il a écrit se trouvent dans un classeur à l'association. Nous trouvons le classeur, et je lis. C'est très bien écrit, dans un style très beau, avec une très belle musicalité. A peine ai-je le temps de finir de lire le recueil, il me demande ce que j'en pense. Je n'ai pas trop le temps d'y réfléchir, mais le mot "lyrique" me vient à l'esprit. Je lui avoue également que j'ai apprécié, et que je trouve qu'il écrit très bien. "Ah bon ?", me répond-il comme à son habitude. "Tu trouves que c'est bien écrit ?". Il a l'air de tomber des nues. "Lyrique tu dis ? On ne m'a jamais dit ça. Tu trouves ?". Je crois que ça le surprend de recevoir un compliment. Plusieurs fois par la suite, il me demande de définir ce que j'entends par "lyrique". J'essaie à chaque fois de lui expliquer, car j’aimerais secrètement que ça lui redonne envie d'écrire.

Parfois, des personnes extérieures à l'association viennent se renseigner, ou prendre contact. Ce jour-là, c'est une femme un peu plus jeune que lui. Il essaie de la faire rire, et ma foi, je crois bien qu'il y arrive. Il faut quand même parfois que les membres de l'association ou l'animateur traduisent, vous savez, parce qu'il parle très vite. Mais il l'a fait rire. Et il apprécie.

 

Voilà ce que j'ai appris de Patrick. Ce que je peux vous en raconter à travers nos quelques rencontres. Le poète séducteur, peintre comique, scientifique adorateur de Verlaine. "Ah bon ?", me dirait-il forcément s’il lisait ça.

 

 

Vincent L.

Des Adhérents se souviennent...

valérie:
    - patrick c'était un ami, on prenait le bus ensemble.

    -il me montrait ses livres

    - il aimait bien parler, blaguer avec les autres...

    - ils parlait souvent de sa maison à laquelle il tenait. on a même été faire des barbecue dans son jardin.

    - des fois, j'étais choquée par ses blagues

    - c'était un poète.

    - il aimait peindre aussi.

Orphée:
    - je venais de le rencontrer.

    - c'était quelqu'un d'attachant

    - il était curieux de sciences notamment fasciné par la théorie de la relativité.

    il pratiquait un humour assez grinçant qui pouvait être déroutant.

vincent G:

    - c'était un poète

    - un admirateur des théories d'einstein et souvent il me parlait de la théorie " des cordes".

    - il était féru, pationné tout court de sciences

    - c'était un rigolo, peut même un rigolard...

Mael :

    - c'était quelqu'un de positif

    - il était de bonne humeur, il apportait de la bonne humeur.

    -il comprenait sans doute pas tout Einstein mais ça ne posait pas de problèmes.

    -il me demandait souvent: tu fumes? à combien est le paquet ? c'est pas trop cher ?

    - il était taquin mais c'était jamais méchant.

thiérry:
    -c'était un personnage hein! on a beaucoup rigolé avec lui!

    - je me souviens, un jour, il est arrivé en nous disant:

        Patrick : " j'en ai assez! ma famille se moque de moi, c'est dégueulasse!"
        l'assistance: " ha bon!  qu'est ce qu'ils t'on fait?"

        Patrick : " il n'arrête pas de m'appeler : "PATHETIQUE LOUFOQUE !"

        l'assistance, naïve ou faignant de l'être répondait : non! c'est pas vrai ! ils t'on fait ça!

        et Patrick après quelques minutes où il avait fait marcher tout le monde au GEM disait: mais non ! c'est pas vrai ! je vous ai encore eu...!

        et on partait tous dans une éclat de rire, surtout lui d'ailleurs.

Jean Marie :
    - je me rappelle aussi de cette blague de pathétique loufoque

    - il avait un humour particulier.

    - il était parfois méchant

    - une fois, il y avait M. ( adhérente au GEM) qui avait une situation difficile à vivre, et lui arrêtait pas de lui dire : ' tu souffres hein! tu souffres M"

    - il était intelligent quand même...

 

 

il avait un talent pour la poésie ( en alexandrin)...

le GEM

Amis de la folie ordinaire,
Bienvenue à GEM,
Schizophrènes, Bipolaires,
Accidentés de la société, je vous aime!

Nous sommes des handicapés de la
joie de vivre, éternels
Rêveurs, de simples fadas...
La vie est elle si belle?

100 milliards de Neurones
Et des connexions hasardeuses,
ordinateurs usés et aphones
Accessoires de la vie malheureuse

oui, une sorte de paumés,
Sympathiques mais rusés et dignes,
Nonchalents et quelques peu tracassés,
des vies écrites en quelques lignes

dans des dossiers interminables
Epais comme des dictionnaires
Couchés sur des bureaux affables
Pour des psychiatres débonnaires

Quelle vie! Quelle hérésie!
Juste beaucoup de café et de tabac,
Et un modeste pécule, mais beaucoup d'amis
Solidaires dans le même combat?

Patrick le Floch

Patrick
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